Stgerprebiblog’s Blog

Une nouvelle surgie du passé

Publié par   : stgerprebiblog le  : mai 5, 2009

Fin 2008, une pépite a été traduite pour la première fois en français : Le voyage vers le passé de Stephan Zweig. Une analyse ciselée de l’évolution des sentiments : une ancienne passion, contrariée par des circonstances extérieures,  peut-elle reprendre là où elle en était restée 10 ans après ? Un récit doux-amer, tout en notations subtiles. Et le livre donne aussi le texte original en allemand pour les germanistes. Un régal.

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Melnitz, la mémoire d’un peuple

Publié par   : stgerprebiblog le  : mars 16, 2009

A la rentrée 2008, Charles Lewinsky nous a offert une saga familiale de grande classe, dans le milieu particulier des Juifs suisses, que nous suivons à partir de 1871, tous les 20 ans, jusqu’en 1950. Grandeur et décadence de certains, jalousies familiales, originaux ou traditionalistes, tous défilent pour notre plus grand plaisir, avec en fil d’Ariane le fantôme de l’oncle Melnitz, la mémoire,(et titre du livre),  ce qui seul fait survivre un peuple comme tel. C’est souvent drôle, souvent touchant, toujours très vivant : un des meilleurs livres du cru 2008.

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Jouet de l’histoire

Publié par   : stgerprebiblog le  : mars 2, 2009

Angel Wagenstein romance l’histoire vraie d’Isaac Blumenfeld, né en Galicie en 1900, sujet de l’Empire d’Autriche-Hongrie, devenu après l’éclatement de celui-ci en 1919 citoyen polonais, puis en 1939 camarade citoyen de l’URSS, sous-citoyen allemand en 1941 en tant que juif et en conséquence expédié successivement dans 2 camps, réexpédié comme traître en 1946 au Goulag par les Soviétiques avant de finir sa vie à Vienne après sa libération en 1953.

Logiquement dénommé “le pentateuque ou les cinq livres d’Isaac”, ce roman vrai est bourré d’humour noir, d’autodérision, truffé de blagues connues souvent, mais qui s’insèrent si bien dans l’absurdité de ce monde qui emporte les êtres au gré de multiples hasards. Cette façon de cacher le désespoir sous la dérision est très efficace et l’auteur nous fait la grâce d’un livre très original pour une existence et une personnalité peu banales. Editeur : ” L’esprit des péninsules” , 2000.

Frères ennemis

Publié par   : stgerprebiblog le  : février 22, 2009

Rien de plus classique que ce court roman de Maupassant : Pierre et Jean. La langue est très simple, la situation presque banale: deux frères très différents qui ne s’aiment pas beaucoup, mais dont l’un est torturé par la jalousie envers l’autre. Qu’un événement extérieur vienne mettre de l’huile sur le feu qui couve, et le drame éclate.

Les sentiments sont justes, la description clinique des affres de Pierre, qui ne peut s’empêcher de tout détruire autour de lui, il suffit de si peu de mots, et il souffre tant!

La Normandie est là, pas seulement comme décor, le ciel et la mer accompagnent les luttes internes de ces âmes troublées, l’histoire puvre et se clôt en mer, la composition est digne d’un tableau classique.

Un plaisir qui n’a pas vieilli depuis 120 ans.

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Millenium, quand tu nous tiens…

Publié par   : stgerprebiblog le  : février 16, 2009

Bon, d’accord, ce n’est pas un chef d’oeuvre qui traversera les siècles; mais si vous lisez les premières pages, vous allez en prendre pour 3 gros tomes non stop. Scandales financiers, disparition mystérieuse, piratages informatiques, familles de patrons assez glauques, c’est très tendance et on fonce pour connaître la suite, avec le journaliste (Tintin suédois au goût du jour, nettement plus ole ole quand même), et surtout la terrible Lisbeth Salander, qui mérite d’être connue. Bon courage et beaucoup de plaisir!

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Une femme de caractère

Publié par   : stgerprebiblog le  : février 6, 2009

Dans Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, Eva Joly relate ce que fut sa vie pendant les 8 ans de l’instruction de l’affaire Elf : les pressions, les menaces de mort, les “conseils” d’amis, les mises en garde, les écoutes sauvages de ses lignes dans son bureau au palais de Justice, les effractions d’intimidation chez elle et chez son greffier, puis les attaques directes dans la presse contre sa personne.

L’autre volet du livre, c’est l’étendue de la corruption au plus haut niveau qu’elle découvre jour après jour, quand elle doit passer des millions aux milliards, ce que même ses collègues ne peuvent croire, et l’incompréhension des mis en causes, qui vivent dans un autre monde où les valeurs morales courantes ne sont bonnes que pour le commun des mortels, mais pas pour eux, tellement au-dessus de ces vulgaires contingences, et qui ne conçoivent même pas qu’on vienne leur demander des comptes, surtout quand on n’est qu’une petite fonctionnaire.

Enfin, l’auteur rappelle que ce monde-là est parfaitement globalisé, appuyé sur des forteresses comme le Luxembourg où le ministre de la Justice est aussi celui du Trésor , une dizaine de juges pour 300 à 400 banques et chambres de compensation internationales, et sur l’évidente volonté des pouvoirs en place de conserver une opacité et une quasi étanchéité entre pays propices à tous les petits arrangements entre amis.

En tout cas, que nous le voulions ou non, c’est dans ce monde-là que nous vivons et sans doute pour longtemps encore…

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Passage en caisse

Publié par   : stgerprebiblog le  : janvier 25, 2009

anna-samDans “Les tribulations d’une caissière“, Anna Sam nous fait part de son expérience comme hôtesse de caisse en supermarché , et nous en prenons tous plus ou moins pour notre grade.

Qui êtes-vous ? Le client super malin qui resquille sans pitié pour passer dans les premiers à la caisse? L’arrogant qui ne décroche pas de son téléphone et traite la caissière comme un meuble? Mme “bonnes affaires” qui exige 15 tickets de caisse pour ses remboursements promotionnels? Des fanatiques de l’ouverture prêts à écraser le reste du monde à 9 h du matin et n’ont plus rien à faire de leur journée ensuite?  Des mordus de la fermeture qui refusent de se presser à 21 h ?

Une tranche de vie bien observée et drôlement enlevée.

A suivre aussi sur son site caissierenofutur.over-blog.com

Jouhandeau dissèque Guéret

Publié par   : stgerprebiblog le  : janvier 18, 2009

Jouhandeau passe sa ville natale au microscope et en examine minutieusement toutes les petitesses : rues étroites sans soleil, esprits aussi étriqués, mesquineries, vieilles boutiques poussiéreuses, crasse et hypocrisie, avarice, surveillance des autres impitoyable, calomnie et petits secrets, rien ne lui échappe et il ne fait pas de cadeau à Chaminadour. Moins connues,  ses nouvelles campent des personnages très typés comme Prudence Hautechaume, un monument d’insignifiance à qui rien ne devrait arriver, et pourtant…

Et le style en prime !

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Tranches de vie

Publié par   : stgerprebiblog le  : janvier 3, 2009

François Bégaudeau , dans “Entre les murs“, nous emmène dans une classe de collège du XXème arrondissement de paris (à comparer avec le texte de Munoz Molina sur le collège religieux espagnol de 1969, pour le choc du décalage).

“ça va pas non de s’battre comme ça ?

_Pourquoi tu m’pousses ?

_ Comment ? Qu’est-ce que j’ai entendu là ?

- D’où tu m’pousses ?

_ On tutoie pas les profs !

_ T’as qu’à pas me pousser !

(intervention du proviseur qui obtient une excuse très réticente) : _ Tu fais tes excuses à qui ? _ J’sais pas c’est qui.

Des élèves accusent deux petites chinoises de ne pas se mêler aux autres _M’sieur c’est la vérité qu’elle font bande à part. Une fois moi dans l’bus j’ai demandé à Jie si elle va sortir avec Alexandre ou qoui qu’ce soit . Eh ben elle m’fait j’peux pas il est pas d’ma race.

Jiajia l’aurait étranglée. .. Le prof explique que c’est aux gens en place d’aider les nouveaux arrivés.  Boubacar demande la parole _ M’sieur, c’est difficile ausi  _ Pourquoi ? _ Ben, c’est difficile parce que des fois ils parlent mal le français.

Le proviseur explique que les avertissements et les blâmes sont illégaux. Résumé d’une prof  “Ils peuvent faire toutes les conneries qu’ils veulent, y’a rien au bout”.

Souvenirs de lycée

Publié par   : stgerprebiblog le  : décembre 27, 2008

En 1969 dans l’Espagne de Franco, par Antonio Munoz Molina :

“A neuf heures du matin précises, tous les lundis, le père directeur entre dans la salle,…et il parcourt de son regard froid et de son sourire ironique les alignements des élèves qui se sont levés à côté de leur pupitre. Ses narines larges et vibratiles…perçoivent sans doute l’odeur de la peur…Le père directeur aime les vérités pures de la théologie et des mathématiques, qui sont abstraites et échappent à la corruption…Ne pas comprendre la formule mathématique qui définit les lois de l’ellipse, et donc les orbites des corps célestes, est un péché et un acte d’aveuglement .

D’un simple geste de la main droite, comme si elle tranchait l’air, il nous fait signe de nous asseoir….Personne ne bouge, les coudes sur le bois incliné des pupitres, les crayons sortis, les cahiers ouverts, les têtes baissées…Rien ne bouge à part les intestins bouleversés du pauvre Gregorio…Tous les lundis, le père directeur prend son temps…Il ouvre son dossier noir, où se trouvent les fiches de chacun de nous, et chacun sursaute, craignant que sur la page ouverte n’apparaissent sa photo et son nom, le quadrillage où il inscrit, d’une écriture minuscule, les notes de nos exercices avec la même minutie que mettrait son Dieu courroucé et omniscient à noter dans sa mémoire les plus infimes péchés de l’humanité . Il a le cahier ouvert, mais il ne le regarde pas… (Au bout de quelques minutes) il annonce en souriant : “Aujourd’hui, nous allons couper des têtes.” Cela signifie qu’il n’appellera sur l’estrade que les élèves dont les noms seront en haut des pages de son cahier.  Il y a un murmure de soulagement et un autre de peur renaissante…Mais personne ne doit avoir confiance parce qu’il se peut au’au milieu du cours le père directeur fasse une grimace de lassitude, son pâle visage traversé d’un sourire sec comme un rictus ; “maintenant, nous allons couper des pieds”. Et ceux qui voyaient approcher le châtiment certain avec la fatalité d’une sentence s’évanouissent presque de bonheur, quant à ceux qui se sont crus épargnés, ils se voient projetés dans l’imminence de l’échafaud, l’estrade sur laquelle ils devront monter…avec la résignation de celui qui n’attend plus que le sarcasme, la gifle, les phalanges serrées heurtant sa nuque, les doigts froids qui lui tordront l’oreille au point qu’elle leur semblera sur le point d’être arrachée.

Personne n’est à l’abri, pas même celui qui n’a pas été appelé au tableau…qui reste immobile, comme un insecte qui a l’illusion que son mimétisme le met à l’abri du pied qui va l’écraser. Dans les allées, s’approchent par derrière les pas du directeur, et le bruissement de sa soutane, et la prémonition d’un coup subit de ses doigts repliés sur la nuque est si intense que les cheveux se hérissent à la base du cou…

Tous les lundis, après que l’après-midi du dimanche s’est noyé dans la tristesse à mesure que tombait la nuit, après le réveil pénitentiaire, après le trajet jusqu’à l’autre bout de la ville, jusqu’au terrain vague où se dresse le collège, le cours de mathématique est une laborieuse initiation à la peur, à une variété aiguë de peur.  (Le vent de la lune), 2008.

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