Publié par : stgerprebiblog le : décembre 26, 2008
L’écrivain d’origine canadienne Joseph Boyden a donné avec Le chemin des âmes un livre très dur et marquant sur la guerre de 14-18 vue par 2 jeunes Indiens Crees du Canada. Ceux-ci n’avaient jamais pu s’adapter à la civilisation occidentale imposée aux Indiens , notamment aux écoles tenues par des religieuses méchantes et méprisantes, et avaient été élevés dans la forêt, à l’ancienne, par Niska, la tante de Xavier, elle-même réfractaire à la ville. En 1914, les deux garçons s’engagent et se retrouvent dans l’enfer de la Somme. Là, leur expérience de la chasse, de l’observation patiente du terrain, les sens en éveil, va les amener à devenir tireurs d’élite, souvent en lisière des combats de groupe. Si Xavier reste lui-même, taciturne et loyal mais peu aimé de ses chefs, son ami Elijah va devenir une sorte de héros, qui va prendre goût à ce rôle de tueur et à la morphine, au point de passer la ligne jaune, de perdre toute humanité. Xavier s’en rend compte, jusqu’au jour où…
Seul un des deux va revenir au Canada, dans un terrible état physique et moral. et Niska devra déployer toutes les ressources de ses connaissances ancestrales pour tenter de le faire pencher du côté de la vie.
La guerre de 14 est décrite sans concessions, mais sous un angle inhabituel, et ce roman n’est pas de ceux qui s’oublient sitôt le livre refermé.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 22, 2008
Parce que “la Chine enterre la Françafrique”, Serge Michel et Michel Beuret ont enquêté sur la mainmise croissante de la Chine sur le continent africain, au point que les enfants là-bas saluent tous les étrangers d’un sonore “ni hao”, bonjour en chinois.

“Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution. On ne s’en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique”. En attendant, beaucoup de Chinois “ont trouvé leur Far West en afrique”, soutenus à fond par le gouvernement de leur pays, avide de pétrole et métaux rares, que l’absence de démocratie ne dérange pas vraiment, et prêt à suivre les conseils ancestraux du stratège Sun Tsu ” pour prendre, il faut d”abord donner”. Pas de morale aux dirigeants africains, du business. “Les élites noires s’amusent, les Chinois travaillent”, disciplinés, endurants, même les directeurs de chantiers logent dans les baraquements et non au Hilton comme les Occidentaux, les délais sont respectés, les infrastructures sortent du sol, les investissements développent le continent infiniment mieux que l’humanitaire.
Tout n’est pas idyllique, le mépris est là, les populations ne se mélangent surtout pas, les commerçants locaux souffrent de l”invasion de la pacotille”, mais le fait est là, parachèvement de la mondialisation et événement important de géopolitique, et nouveau désastre écologique, au rythme de dévastation de la forêt tropicale, réserves comprises, ‘la Chine est le premier fournisseur d’Ikea), avec l’aval des autorités locales. Un reportage à ne pas manquer pour rester en contact avec notre époque.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 21, 2008
Ritournelle de la faim est un hommage à la mère de l’auteur. Il raconte l’enfance d’Ethel, d’abord aisée, à Paris, puis son adolescence assombrie par la ruine de sa famille à la suite des spéculations hasardeuses de son père, et la guerre de 40 qui va lui faire connaître la faim.
Il y a de la tendresse qui transparaît dans ce récit d’une vie relativement banale, mais aucun sentimentalisme à la Pagnol, rien de trop , quelques notations psychologiques qui restent légères, des portraits de personnages secondaires par petites touches.
L’essentiel est dans l’écriture, fluide, pure, sans fioritures, une belle langue très accessible, on ne sent pas le travail sous-jacent, là est le grand art.
“Elle s’est mise à jouer, un peu raidie d’abord, puis elle a senti la chaleur qui entrait en elle, doucement, elle jouait un Nocturne de Chopin, le glissement des notes sortait par les portes-fenêtres ouvertes et emplissait le jardin déjà jauni par l’automne, elle croyait qu’elle n’avait jamais joué aussi bien, jamais ressenti une telle puissance. Dans le vent les feuilles des marronniers tourbillonnaient, chaque passage du Nocturne se mêlait à la chute des feuilles, chaque note, chaque feuille…C’était son adieu à la musique, à la jeunesse, à l’amour, son adieu à Laurent, à Xénia, à Monsieur Soliman, à la Maison mauve, à tout ce qu’elle avait connu. Bientôt il ne resterait plus rien.”
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 20, 2008
1920. Nick Corey est le shérif d’un patelin de 1275 âmes, le titre du livre, dans le sud des Etats-Unis. Il se fait du souci car il ne sait rien faire d’autre, il se rend compte que les gens se lassent de le voir ne rien faire, même les rares voyous du coin l’humilient ouvertement, le shérif du canton voisin le prend pour un minus et le lui dit, sa femme le traite avec mépris, bref sa vie est un enfer. Si ce n’est que Corey est loin d’être un imbécile, il est très lucide sur les défauts et points faibles de tout ce beau monde, il n’a aucune moralité, et il va régler leur compte à tous ces empêcheurs de paresser en paix.
C’est noir, jubilatoire, une sorte de compromis entre la nouvelle réaliste à la Maupassant et San Antonio. Jim Thompson, un auteur à redécouvrir.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 20, 2008
En 2003, Pierre Jourde, professeur à l’Université de Grenoble, dénonce les fausses gloires littéraires qui encombrent les librairies, et il y en a pour tout le monde ou presque.
Il dénonce d’abord l’usage généralisé du renvoi d’ascenseur : ce sont les mêmes qui écrivent, éditent et publient des critiques; ça tourne en rond dans un concert d’éloges tournant, et Le Monde des Livres en prend pour son grade. Sollers y est comparé à Catulle Mendès, “écrivain fin de siècle qui a fini comme écrivain officiel auquel les ministères font des commandes”.
Christine Angot a droit à un savoureux pastiche : “Et merde à ceux qui ne comprennent pas , que quand c’est qu’on redit, et qu’on reredit, c’est justement à cause que c’est vrai, que c’est vraiment vrai…Profond.Profond profond profond profond. Profond.”
Grâce à ses figures de style (Ils végètent au milieu des végétaux), Beigbeider obtient le titre de “Paganini du comment vas- tu yau de poêle“, et de chantre de notre modernité culturelle, celui qui écrit pour la ménagère de moins de 50 ans, pas des bouquins “telmors”, mais dans le style cool, sympa, des jeux télévisés.
Défilent aussi les petites bourgeoises qui en rajoutent dans le vulgaire pour paraître délurées, les faux romantiques laborieux qui accumulent les poncifs (le coup de la mer Rouge, l’orient de pacotille d’Olivier Rolin), le style “ravi de la crèche ” de Christian Bobin, et vous avez en prime une machine à pondre des poèmes aussi drôle qu’ efficace. Et n’oublions pas une mention pour Eric Holder et son (sic) “oeil à craterelles”, c’est lui qui le dit.
Si vous êtes un peu exigeant pour vos lectures, si vous aimez les dégonfleurs de baudruches, vous allez vous régaler avec “La littérature sans estomac“.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 11, 2008
Dans ce roman, l’auteur Jian Rong nous fait découvrir le monde des éleveurs nomades de Mongolie chinoise vers 1970. Quatre jeunes Chinois ont été envoyés là pendant la Révolution Culturelle, et l’un d’eux surtout s’acclimate parfaitement à cette civilisation totalement différente.
Pour survivre dans cette nature magnifique, mais hostile de la steppe mongole, il faut savoir en gérer tous les éléments, le vent, la neige, l’herbe qui est à la base de la chaîne alimentaire, les troupeaux de gazelles sauvages, et surtout, les loups. Depuis des centaines d’années de confrontation, hommes et loups ont appris à se connaître, à se combattre sans se faire de cadeaux quand il le faut, mais aussi à s’apprécier pour leur courage, leur intelligence, leur dignité. Nous ne sommes pas dans l’écologie gnangnan, il y a des scènes très dures , la vie de ces hommes n’est pas facile, mais ils savent qu’il faut laisser leur rôle de régulateurs aux loups, que leur présence forge le caractère des hommes et des chevaux. Le loup est aussi devenu dans la mythologie mongole le grand passeur des âmes vers l’au-delà.
Mais déjà le rouleau compresseur des Chinois paysans est en marche : des sédentaires qui ne pensent que récoltes, clôtures, manger tout ce qui bouge et éradiquer tout ce qui peut être jugé comme nuisible : l’ère des jeeps et des fusils automatiques va balayer tout l’antique équilibre de vie des nomades.
Pas d’histoire à l’eau de rose, pas de sexe, pas de drogue, on est très loin des romans français actuels. C’est très beau, souvent poignant. Un grand bouquin.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 10, 2008
Dans ses Chroniques de la police ordinaire, Bénédicte Desforges nous expose la vie d’un “Flic” de terrain, ce mal-aimé (“Les gens ont toujours bien aimé les histoires de flics. Mais les gens n’aiment pas les flics.” ) Et pourtant, quand rien ne va plus, c’est à eux de jouer.
On voit ainsi défiler toute la misère de notre société, le retraité qui n’a pas supporté son brutal licenciement et la perte de tous ses repères, et qui augmente les statistiques des défenestrés; les overdoses et la technique basique mais efficace de l’auteur pour les ranimer quand il est encore temps; les carcasses de voitures explosées sur le périph’ après une nuit trop arrosée; la jeune mère qui veut tant sortir s’amuser qu’elle en “oublie” sa petite fille seule dans l’appartement pendant des jours et des jours; cette autre mère qui veut bien laisser emmener le corps de son bébé mort, mais pas sa couverture, ça, elle y tient; la jeune fille sauvée de sa famille qui la séquestre et la maltraite, rescolarisée dans un nouveau foyer, et qui retourne 3 ans plus tard à la case départ avec un mari qui fume et boit les allocs; et tant d’autres. Seulement voilà, bien faire ce métier suppose du temps et du tact, et la Hiérarchie demande du Chiffre, du Chiffre, et encore du Chiffre, et malheur à qui ne se plie pas à la règle du jeu; et inutile de compter sur les syndicats, qui en prennent pour leur grade, dans un chapitre terrible.
En tout cas, nous y avons gagné un véritable écrivain, le style sert très efficacement le propos et soutient la comparaison avec les meilleurs.
A suivre sur son blog.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 10, 2008
Bibliothèque de saint germain-beaupré
Animations 2009
11 Février à 17 h 30 : accueil de l’auteur Pierre Debauche ; buffet sur place avant le départ pour la mise en espace à Vareilles.
28 Février à 15 h 30 : lecture contée du livre de Jules Marouzeau « Une enfance », par Michel Parot.
19 Mars – 21 Avril : Exposition sur le thème de l’Eau
17 Avril : concert à l’église par l’Atelier Musique du lycée dirigé par Yann Rapin.
Mi –Juin / mi – Juillet : Exposition « George Sand, une femme libre », et sortie à Nohant (château et sentier pédestre) ; itinéraire et date à préciser au cours de l’année.
Novembre : Exposition sur la Guerre de 14/18 prêtée par la Mairie de La Souterraine.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 8, 2008

La famille Deblok a un garçon, une fille, un chien, un chat, et une maison. Autant de sources de conflits (voir images ci-dessus) pour notre plus grand plaisir. Et c’est très bien vu.
Florence Cestac a justement été primée à Angoulême.
Publié par : stgerprebiblog le : décembre 7, 2008
Leon Walter Tillage est né en 1936. Son père est métayer, et quand il a payé à la fin de l’année ses dettes au magasin d’alimentation pour la nourriture de l’année passée, il ne lui reste plus qu’à recommencer à s’endetter pour l’année à venir. Aucun avenir pour un Noir : à quoi bon s’instruire, pensent ses parents, puisque tous les emplois non agricoles leur sont fermés.
A l’école, on apprend juste à lire et les tables de multiplication. Il faut marcher 7 km pour y aller, et au retour, se cacher quand passe le bus scolaire des Blancs : le chauffeur arrête le bus, et les plus grands descendent pour caillasser les Noirs, ça les amuse beaucoup et leurs parents leur ont expliqué que les Noirs n’ont pas d’âme, alors…
C’est ainsi qu’un jour, Léon est témoin de la mort de son père, renversé par une voiture conduite par de jeunes Blancs éméchés, qui reculent même pour achever le blessé. Le lendemain, le père de ces jeunes, un peu gêné, vient apporter un peu d’argent et s’excuser: “vous savez comment sont les garçons. Il vous faudra bien admettre que ce sont des choses qui arrivent”. Et aucune enquête n’aura lieu. Inutile de parler à la police, les shérifs font souvent partie du Ku Klux Klan.
Plus tard, lui-même manque d’être lynché : “cours si tu veux vivre; si tu arrives à grimper à l’arbre là-bas, je rappellerai mes chiens”. Et le groupe hostile échange des paris. Léon est blessé au pied par un des molosses et n’est sauvé que par miracle par deux Blancs armés qui s’arrêtent en voiture.
Sans compter toutes les humiliations: pour prendre le bus, il fallait monter deux fois , payer devant et redescendre pour monter à l’arrière, car on ne pouvait pas traverser l’espace réservé aux Blancs; interdit aussi de rentrer dans une boutique par la porte de devant.
Alors, quand Martin Luther King lance les marches à la fin des années cinquante, les jeunes Noirs n’hésitent pas à y participer, en se protégeant des chiens, des bâtons et des lances à eau avec des chambres à air et des chiffons épais autour du corps : rien à perdre de toute façon.
Ce livre sobrement intitulé Léon est édité par l’Ecole des Loisirs (2000), mais s’adresse autant aux adultes qu’aux jeunes.